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1.1 Les formes à épisodes en manga

28 Mars 2012 , Rédigé par polytexte-sayonara-zetsubou-sensei Publié dans #1. La sérialité de Sayonara Professeur Desespoir

Les notions de série ou de cycle (feuilleton) telles que les définissent Anne Besson et Stéphane Benassi et résumées en ces termes par Richard Saint-Gelais :

comme l'ont montré Stéphane Benassi (2000) et Anne Besson (2004), […] cette pulsion de récit peut trouver à s'assouvir — et à renaître sans cesse — sous deux formes générales, l'une qui opère par approfondissement et étirement d'une intrigue unique ("cycle" dans la terminologie de Besson, "feuilleton" dans celle de Benassi), l'autre, nommée "série" par les deux chercheurs, qui propose "la déclinaison (quasi infinie) d'un prototype de départ" (Benassi : 2000, 49), chaque épisode présentant alors "une intrigue complète et sans lien chronologique réel avec les autres" (Anne Besson : 2004, 22).1

se révèlent très efficaces pour décrire les mangas car ils sont essentiellement des formes à épisodes — si l'on écarte les one shots. La distinction entre les deux formes (cycle et série) s'est d'ailleurs imposée rapidement du fait que l'on mit dès les années 1950-1960 un nom sur le cycle en manga par l'anglicisme story manga :

on baptisa story manga ces séries d'un nouveau genre, dans lesquelles les épisodes s'enchaînaient au lieu de constituer chacun une histoire complète. La longueur et la complexité des scénarios qui en résulta allaient bientôt devenir une caractéristique du manga qui lui permettra de captiver ses lecteurs mieux que notre BD ou les comics américains, en approfondissant les personnages et en multipliant les rebondissements2

Il est vrai que les cycles sont très largement représentés en manga, One Piece que nous affichions précédemment en est un parfait exemple. L'étirement de l'intrigue montrant Luffy dans sa quête de devenir le seigneur des pirates comprend à ce jour 663 chapitres et sa publication fêtera bientôt son quinzième anniversaire. Des formes hybrides comme les décrit Anne Besson3 sont aussi présentes, le manga Gintama en est un exemple, mais les séries au sens plein — qui sont la forme première de manga4 — n'ont pas disparu des magazines de prépublication.

 

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1 Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges : la transfictionnalité et ses enjeux, Paris : Seuil, Poétique, 2011, p. 27

2 Jean-Marie Bouissou, Op. Cit., p. 55-56

3 "Ce modèle mixte, dont les avantages et le succès se sont transmis de la télévision à la paralittérature, tient de la série, on l'a dit, mais aussi du cycle, sans pour autant se confondre avec lui : essentiellement, il s'agit d'un modèle qui reste discontinu, qui préserve des intrigues internes fermées, et fortement répétitives, sur lesquelles se greffe l'intrigue continue, et surtout qui peut choisir au besoin d'ignorer celle-ci, de retarder son évolution à l'épisode suivant pour laisser se développer des épisodes complètement indépendants. Son mode de liaison enchaîné n'est pas contraint, il est facultatif, il vient comme un supplément de continuité, une assurance de fidélité du public, et non, comme dans le cas du cycle, comme un gage nécessaire de perceptibilité" Anne Besson, "Les formes à épisodes, des structures multi-médiatiques (parallélisme et interaction des ensembles paralittéraires et télévisés).", in Belphégor, vol. I, n°2, 2002. URL : http://etc.dal.ca/belphegor/vol1_no2/articles/01_02_Besson_Formes_fr.html

4 "Mais le manga [durant l'ère Taisho (1912-1916)] est aussi devenu un divertissement pour enfants. Il paraît à côté de romans-feuilletons, d'articles éducatifs et de reportages, dans de gros magazines mensuels, comptant parfois plus de 200 pages, sous forme d'épisodes de quelques pages dont chacun constitue une histoire complète mais dont les héros sont récurrents." Jean-Marie Bouissou, Op. Cit., p.44