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2.2 En amont de l'adaptation anime à la télévision

28 Mars 2012 , Rédigé par polytexte-sayonara-zetsubou-sensei Publié dans #2. Transmédialité

Ainsi pour être ou devenir médiatique, un récit ne doit-il pas simplement être médiatisé ? C’est-à-dire se laisser mettre “en représentation” par une instance de production qui va se charger de le transmettre massivement au public.1

En manga cette "instance de production" est le studio d'animation car comme nous l'avons vu précédemment c'est par l'adaptation en anime (qui est en soi une marque de réussite2) que l'audience est engendrée à l'international. Quand l'accord entre une chaîne de télévision et une maison d'édition est établi, il revient à la maison d'édition de choisir le studio d'animation qui conviendrait le mieux au manga :

Les récits les plus médiagéniques semblent en effet avoir la possibilité de se réaliser de manière optimale en choisissant le partenaire médiatique qui leur convient le mieux et en négociant intensément leur “mise en intrigue” avec tous les dispositifs internes à ce média.3

Si le choix du partenaire médiatique revient à la maison d'édition, celui de la négociation de la mise en intrigue avec les dispositif du média anime dépend du studio. En principe, la maison d'édition fait un appel d'offre et décline ou accepte les propositions des studios mais ce secteur étant très concurrentiel il arrive aussi que ce processus soit enclenché par les studios qui prennent les devant en démarchant les maisons d'éditions pour leur faire des propositions d'adaptation pour un manga visé.

 

Bien sûr, le choix d'un studio est stratégique à plusieurs niveaux : un niveau économique, des accords financiers sont passés entre les deux parties, en sachant qu'une fois qu'un studio décroche le droit d'adapter la licence il en a l'exclusivité. Sur un autre niveau, ce choix prend aussi en compte les spécificités des studios par exemple pendant un temps Sunrise était spécialisé dans l'adaptation d'anime de robots (mecha)4 et Pierrot dans celle de série de magical girl avant de se tourner vers le shōnen5. De plus, certains studios jouissent d'une exposition particulière quand ils abritent des réalisateurs qui bénéficient d'un certain prestige reconnu par les professionnels mais aussi par les fans car leur patte est très identifiable.

Le studio est aussi responsable du casting des doubleurs (seiyū 声優) qui est intégré dans le processus de character design. Ce casting est loin d'être anodin car au Japon les doubleurs disposent d'une grande notoriété pour leur activité, le métier de doubleur n'est pas un pis-aller comme il peut l'être en occident6. De même, le fandom non-japonais de la japanimation perpétue cette reconnaissance : "certains fans regardent une série dans le [seul] but d'entendre leur seiyū préféré"7 pour les mêmes raisons que les gens vont voir le dernier film de Brad Pitt. Même en ignorant le nom des seiyū qui se cachent derrière les personnages et l'écran, le spectateur attentif qui a regardé suffisamment d'anime reconnaîtra sans peine des voix familières.

Shaft, le studio auquel l'adaptation de Sayonara Monsieur Désespoir a été confiée, est thématiquement spécialisé dans les comédies plus ou moins sophistiquées et les récits d'amour plus ou moins conventionnels8. La réalisation de l'anime a été confiée à Akiyuki Shinbō, un réalisateur indépendant qui travaille pour le compte de Shaft9. Son style suscite des réactions hétérogènes chez les fans : certains considèrent que son style sublime les œuvres et apporte une valeur ajoutée, d'autres estiment que son style est trop prononcé et qu'il dénature les œuvres de départ — qu'il s'agisse de manga ou de light novel. Il n'en reste pas moins que les succès du studio Shaft sont le fruit de son travail :

L'année 2004 est importante pour le studio car elle voit le départ de Hiroshi Wakao qui laisse sa place de président à Mitsutoshi Kubota et voit le début de la collaboration avec le réalisateur Akiyuki Shinbo. Connu pour avoir notamment réalisé Starship Girl Yamamoto Yohko, Akiyuki Shinbo réalise sa première série pour le studio, Tsukiyomi Moon Phase, en octobre 2004. Mais ce n'est véritablement qu'avec sa deuxième série, Pani Poni Dash! en 2005 qu'il va pouvoir réellement développer son style, déjanté et décousu. À partir de fin 2006, il réalise la quasi intégralité des productions du studio qui est alors à l'apogée de sa popularité grâce à des séries comme Sayonara Zetsubō Sensei, Negima!? ou Ef - a tale of memories. Cette dernière étant réalisée par un protégé de Shinbo, Shin Oonuma.10

 

 

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1 Philippe Marion, Op. Cit., p. 76

2 "Dès lors, le médiatique s’empreint d’une coloration d’acquiescement, de succès, de réussite ; il se caractérise par une certaine fortune au plan de la réception." Idem.

3 Ibid., p. 86

4 Wikipédia, "Sunrise", URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sunrise_%28studio%29

5 Wikipédia, "Pierrot (studio)", URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Studio_Pierrot

6 Même si les seiyū peuvent avoir d'autres métiers complémentaires, dans la chanson ou en tant que modèle par exemple.

7 Wikipédia "Seiyū", URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Seiy%C5%AB

8 Allant des chaînes amoureuses du type X aime Y qui aime Z (et les prolongements que l'on peut imaginer), en passant par les récits à connotations sexuelles (ecchi), jusqu'aux amours taboues : tentations incestueuses, attirance envers de jeunes adolescentes (lolicon).

9 "Shinbo Akiyuki is freelance director, who is now working with Shaft as educator position. He says that the reason he sticks with Shaft is due to their system, professions and digital capacity that allows his expression of direction much easier." Myanimelist, "Shinbou, Akiyuki", URL : http://myanimelist.net/people/5089/Shinbou_Akiyuki

10 Wikipédia, "Shaft (studio)", URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Shaft_%28studio%29

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