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3.1 Quelles sont les limites du polytexte ?

28 Mars 2012 , Rédigé par polytexte-sayonara-zetsubou-sensei Publié dans #3. Identité polytextuelle de l'œuvre

En introduction nous avons utilisé cette définition de polytexte :

[Un] réseau constitué par une fiction et ses versions ou prolongements multimédiatiques [au sein d'un espace virtuel, mais culturellement attesté].1

Si l'on peut faire une nuance entre versions et prolongements multimédiatiques, il nous reste encore à aborder le cas des prolongements. Nous les concevrons ici comme des objets qui ne peuvent pas être définis comme des fictions mais qui portent en eux une narrativité qui leur permet de s'intégrer dans cet espace virtuel que constitue le polytexte, et prenant part à ce réseau de le modifier. Pour prendre un exemple extrême, nous pouvons nous interroger sur la narrativité d'une figurine issue d'un personnage d'anime, peut-elle être, doit-elle être considérée comme une forme de prolongement multimédiatique ? Il nous semble bien que le merchandising ait sa place dans ce réseau puisqu'il découle d'une pratique de lecture. Les fans de Goldorak auront sûrement acquis des figurines du robot, et si on demandait à un fan ce que lui évoque Goldorak, il pourrait répondre des jouets et non une fiction. Jean-Marie Bouissou semble appuyer cette idée :

Dès cette période, on commence à décliner les séries à succès sur de multiples supports, préfiguration des mix-média, qui constituent aujourd'hui une source essentielle de profits pour l'industrie et les stars du manga. Les premiers produits dérivés apparaissent dès 1902, sous forme de cartes à jouer et de poupée à l'effigie de Chame et Dekobō, deux garnements héros d'un strip de Kitazawa.2

Il va plus loin en affirmant que "Bandai pria Nagai [le créateur de Goldorak] de doter ses robots de membres inférieurs massifs propres à assurer la stabilité des modèles réduits dont il se proposait d'inonder le marché". Autrement dit, la figurine a non seulement une influence sur l'image que se font les spectateurs de la série mais elle a en plus modifié la série de l'intérieur. Ce que l'on peut rattacher au phénomène de "porosité active, de propagation réciproque que décrit Philippe Marion3 qui lui-même renvoie au "fading des voix" de Roland Barthes :

Plus l’origine de l’énonciation est irrepérable, plus le texte est pluriel.4

Songeons par exemple aux Pokémon, combien de personnes ignorent que le modèle, le canon se trouvent dans les jeux vidéos et non dans l'anime ? Peut-on encore raisonner en termes de canon, de source et de modèle quand l'adaptation transfictionnelle devient quasi indépendante de sa source ; et quand sa source se met au fil du temps en conformité avec les attentes du public de l'adaptation qu'elle en deviendrait presque une adaptation de sa propre adaptation par propagation réciproque ? Laissons ces interrogations de côté pour voir ce qui pourrait dans le corpus Sayonara Monsieur Désespoir relever du polytexte outre le manga et l'anime.

Il n'y a pas de merchandising excessif lié à Sayonara Monsieur Désespoir, certes on pourra trouver des figurines des personnages mais ce sera dans des proportions largement moindres que les exemples que nous avons donnés plus haut.

Ce qui nous semble le plus pertinent comme prolongements multimédiatiques de Sayonara Monsieur Désespoir ce sont ses génériques et plus particulièrement ses génériques d'ouverture : les openings. Même s'ils font matériellement partie de l'anime les openings disposent d'un statut particulier, ils ont un caractère paratextuel qui les détache du récit. Les fans y sont très sensibles car c'est souvent à travers eux qu'ils découvrent et gardent en mémoire les séries. On peut distinguer deux pratiques quant au choix des morceaux des génériques, soit un morceau est écrit spécialement pour l'anime en y faisant spécifiquement référence, par conséquent la chanson est interprétable comme une version transposée, transfictionnelle du récit dans ce cas on parlera de thème. C'est le cas du premier opening de One Piece5, "We are!"  :

Soit les génériques utilisent des morceaux sans rapport direct avec l'anime. L'alternance est aussi possible, thème propre à la série / morceau sans rapport. Ainsi, après huit openings qui ne sont pas des thèmes, "We are!" réapparaît :

Quand les morceaux ne sont pas des thèmes, ils sont empruntés à de jeunes groupes qui profitent alors d'une exposition démesurée. Pour ces artistes, avoir un morceau comme générique est un véritable tremplin et si l'on considère la chose sous un autre angle, elle est un véritable catalyseur pour les ventes de disques dans l'archipel. Nous allons maintenant voir comment s'articulent les openings de Sayonara Monsieur Désespoir dans le polytexte de l'œuvre.

 

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1 Richard Saint-Gelais, "La novellisation en régime polytextuel : le cas Blade Runner" in Jan Baetens, Marc Lits, La novellisation : du film au roman, Presses universitaires de Louvain, 2004 p. 132

2 Jean-Marie Bouissou, Op. Cit., p. 44-45

3 Philippe Marion, Op. Cit., p. 70

4 Roland Barthes, S/Z, Paris, Éd. du Seuil, 1976, p. 63.

5 Hiroshi Kitadani, We are!, Single : We are!,  Columbia music entertainment, Japon, 1999

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